Michel Zévaco, de l’anarchisme au roman-feuilleton

Les premières années (1860 – 1888)

Né à Ajaccio le 1er février 1860 dans une famille de moyenne bourgeoisie, Michel Zévaco (1) vit en Corse jusqu’à l’âge de neuf ans. Il est l’aîné des quatre fils d’Antoine Zévaco et de Lucie Savona, mariés en 1859. On sait peu de choses de cette période de sa vie, si ce n’est qu’il a sans doute eu une petite enfance libre et vagabonde. Pour suivre le père, tailleur pour l’armée, toute la famille déménage en 1869 et Michel Zévaco termine sa scolarité en internat à Saint-Maixent, dans les Deux-Sèvres. Il passe son bac à Angers en 1877, puis monte à Paris pour préparer au Lycée Saint-Louis le concours de l’Ecole Normale Supérieure. Il rencontre ainsi pour la première fois le Quartier Latin et sa bohême, et publie des souvenirs de cette période dans quelques articles (2).

Pour des raisons inconnues, il arrête ses études au milieu de la seconde année. On le retrouve professeur au collège de Vienne au printemps 1880, même s’il n’a pas terminé son cursus. Après dix mois d’enseignement durant lesquels il est vivement critiqué par ses supérieurs, il est finalement révoqué pour avoir séduit et enlevé la femme d’un conseiller municipal. Le scandale fait alors irruption dans sa vie. Plus tard, Zévaco laissera circuler une autre version de cet épisode, selon laquelle, furieux, n’acceptant pas la mesure de révocation qui le frappe, il serait personnellement monté à Paris jeter sa démission sur le bureau de Jules Ferry.

Il s’engage alors dans l’armée le 30 mars 1882, au neuvième régiment de dragon de Cambrai. Il est rapidement promu sous-officier, malgré de fréquents problèmes disciplinaires : il couvre les soldats qui découchent, oublie son sabre, laisse échapper un cheval, n’hésite pas à vider des bouteilles gagnées aux cartes au lieu de faire sa ronde, et fait répondre qu’il est couché au maréchal des logis qui le fait mander. Bilan de son passage à l’armée : 88 jours de consigne et 118 jours de salle de police. Frondeur et indépendant, Zévaco semble avoir relativement apprécié son passage à l’armée, qu’il considérait comme une école d’action, et à laquelle il consacre ses premiers écrits. Lassé malgré tout, il quitte l’armée avec autorisation en 1886, dix mois avant la date officielle.

Lorsqu’il quitte l’armée en 1886, Michel Zévaco a vingt-six ans et semble encore peu fixé sur son sort : « après neuf mortelles années d’internat, j’avais sauté sans transition aucune dans l’enseignement, et de là, à pieds joints dans un régiment ; après une triple existence odieusement factice en des prisons successives dont le nom seul avait changé, j’arrivais donc à la vie au moment où d’autres commencent à vieillir » (3). Il retourne donc à Paris, avec l’espoir d’arriver à vivre de sa plume : « coûte que coûte, je voulais réaliser le rêve caressé depuis de lointaines années, depuis ma Troisième où je perpétrais un drame fabuleusement noir, depuis ma Rhétorique où j’écrivais un roman qui fut confisqué par le censeur » (4). Il trouve un poste d’employé de commerce et prépare un recueil de dix-neuf nouvelles militaires bien pensantes à caractère historique ; ce premier livre paraît en 1888 à « La Librairie Illustrée », sous le titre Le Boute-Charge, esquisses militaires. Pour cette première publication, Michel Zévaco a sollicité et obtenu le concours du littérateur Paul Ginisty (5), qui lui ménage ainsi une première introduction dans le monde des lettres.

Michel Zévaco : anarchiste, libertaire, militant (1888 – 1900)

L’année 1888 est donc décisive pour Zévaco qui se tourne définitivement vers les métiers de plume. Mais c’est également l’année où il abandonne ses ambitions littéraires pour se tourner vers l’écriture journalistique et politique. Il devient un militant et un polémiste, dans le milieu des « socialistes révolutionnaires ».

Beaucoup d’inconnues subsistent quant à la manière dont Zévaco s’introduit dans le monde de la presse, et l’on peut surtout s’étonner de retrouver l’auteur du Boute-Charge, quelques mois plus tard, dans les colonnes de L’Egalité, journal socialiste révolutionnaire, nouvellement fondé par Jules Roques. On manque d’éléments sur cette période de formation, déterminante dans l’itinéraire biscornu qui a été celui de Zévaco. Toujours est-il qu’il fait son entrée en 1889 à L’Egalité, et qu’il devient rapidement l’indispensable second de Jules Roques.

En 1885, lorsque Zévaco commence probablement à réfléchir à une vie hors de l’armée, le champ politique est extrêmement divisé sous la République des Opportunistes. L’opposition conservatrice de droite est fragmentée en de nombreux camps dont les principaux sont les monarchistes légitimistes, les monarchistes orléanistes et les bonapartistes. Divisée, la droite catholique semble incapable de mobiliser. Occupant l’Elysée et les deux Chambres, les républicains « opportunistes » incarnent le conservatisme de la grande bourgeoisie. A gauche des républicains, les radicaux forment une opposition modérée, n’hésitant pas à participer aux gouvernements successifs. Un peu plus à gauche, on trouve les républicains socialistes et radicaux ; plus à gauche encore, la gauche révolutionnaire, non représentée par le suffrage universel. Ce dernier milieu forme en réalité une nébuleuse extrêmement complexe, qui illustre l’émiettement et le foisonnement idéologique qui s’accentuent depuis 1830. Entre les blanquistes et les anarchistes, on trouve encore les guesdistes, les marxistes, les possibilistes, les cadettistes, l’anarcho-syndicalisme… A partir de 1886, l’arrivée du général Boulanger (6) sur l’échiquier politique vient encore compliquer les choses.

La création de L’Egalité par Jules Roques découle directement de cet éclatement politique. Désireux d’unifier l’extrême-gauche révolutionnaire, Jules Vallès ressuscite en 1883 son ancien journal Le Cri du Peuple, qu’il conçoit comme une tribune libre où les différentes factions pourront s’exprimer et débattre afin de mieux se comprendre et de s’unir. Il délègue cependant de plus en plus de responsabilités à la jeune Séverine (7), qui n’a pas encore l’autorité nécessaire pour éviter les dérives qui l’amènent à confier Le Cri du Peuple à Jules Roques (8), directeur du Courrier Français (9). Celui-ci rebaptise le journal L’Egalité et en réorganise complètement la rédaction. Il fonde également la Ligue socialiste révolutionnaire en 1889, avec pour objectif d’unifier tous les courants socialistes.

Zévaco, qui débute à L’Egalité à l’été 1889, se retrouve rapidement propulsé rédacteur en chef du journal et candidat à l’élection législative de septembre 1889, pour la circonscription de Picpus-Bel Air. Jules Roques se présente de son côté à Clignancourt, face à Boulanger et au possibiliste Jules Joffrin. Tous deux organisent de nombreuses réunions souvent houleuses, durant lesquelles Zévaco se fait remarquer pour son éloquence et sa capacité à photographier visuellement les participants, ce qui fait de lui un redoutable identificateur de mouchards. C’est également à l’occasion de ces élections que Zévaco se lance dans sa première aventure feuilletonnesque avec Roublard et Compagnie. Les tripoteurs du socialisme, roman à clefs dont l’intrigue suit le déroulement de la campagne, publié du 1er juillet au 1er octobre dans L’Egalité. Sans surprise, Zévaco recueille 1,1% des voix à Picpus, tandis que de son côté Roques ne parvient pas à dépasser les 500 voix.

Zévaco s’attaque alors, à la tête de L’Egalité, à la préparation du 1er mai 1890. Face aux guesdistes qui réclament un cortège pacifiste, Zévaco rallie les tenants de la ligne dure et déploie une énergie qui sidère ses contemporains. Suite au licenciement d’un ouvrier du gaz, il va jusqu’à mettre sur pied un syndicat des chauffeurs et ouvriers gaziers, dont il rédige lui-même entièrement les statuts ; il tente également de mettre en place un syndicat des ouvriers boulangers. Polémiste à la plume acérée, il tire à boulets rouges sur le gouvernement, et plus particulièrement sur le président Carnot et sa femme, ou encore sur Jules Ferry. Mais sa cible favorite est sans conteste le ministre de l’Intérieur Ernest Constans, qu’il provoque régulièrement dans les colonnes de L’Egalité. Ce dernier, dont la priorité est de désamorcer le 1er mai à venir, fait recouvrir de placards publicitaires les affiches appelant à la manifestation, et fait arrêter les colleurs d’affiches. Dès le mois de mars, les mouchards pullulent et les provocations se multiplient. Si Zévaco inquiète les autorités à cette époque, ce n’est pas tant pour la violence de ses articles que pour sa capacité à travailler avec les branches les plus radicales de la nébuleuse révolutionnaire parisienne, en particulier avec les anarchistes.

Un article plus polémique qu’à l’accoutumée est donc l’occasion de l’inculper : le 1er avril 1890, Zévaco provoque tout simplement le ministre Constans en duel dans un article au ton de matamore qui préfigure déjà Pardaillan. Ce texte est fondateur dans la vie de Zévaco ; c’est la seule et peut-être unique fois qu’un militant révolutionnaire provoque un ministre en duel et le paye d’un emprisonnement. L’affaire connaît son quart d’heure de gloire, et Constans devient la bête noire des anarchistes (10). Cherchant sans doute à décapiter ce qu’elles redoutaient comme l’embryon d’une poussée d’envergure, les autorités réagissent très rapidement, et dès le lendemain Zévaco est assigné devant les assises pour provocation au meurtre.

L’audience se tient dès le 10 avril. Zévaco est défendu par Marcel Sembat (11), mais condamné à quatre mois de prison et 1000 francs d’amende. Il se pourvoit en cassation, mais subit un rejet très rapide. Le condamné avait alors habituellement quelques jours pour rassembler ses affaires avant de se constituer prisonnier, mais l’on veut s’assurer que le maximum de meneurs soit en prison avant le 1er mai : le 26 avril, Zévaco est mis en état d’arrestation dans les locaux de L’Egalité, sans aucune mise en demeure préalable. Toute la presse parisienne relate l’arrestation, pour laquelle des effectifs considérables ont été déployés ; Louise Michel envoie une lettre de soutien à L’Egalité. Le 1er mai se déroule sans anicroche, Constans a gagné la partie et Zévaco passe à la prison de Sainte Pélagie, dans l’aile des détenus politiques, la journée pour laquelle il avait tant oeuvré. Cependant la riposte ne se fait pas attendre : Roques prend la tête du syndicat des chauffeurs et ouvriers gaziers, avec Zévaco aux commandes depuis Sainte Pélagie, et Paris se retrouve plongé dans le noir par une grève au mois de juin (12).

Libéré, Zévaco cumule toutes les fonctions à L’Egalité, Roques se désintéressant du journal (13). L’Egalité devient alors de plus en plus libertaire, mais Zévaco doit trouver de l’argent pour maintenir la publication. Le nombre de collaborateurs se réduit, obligeant Zévaco à rédiger seul l’essentiel du fond rédactionnel. Il y consacre une énergie considérable : de septembre 1890 au déclin de L’Egalité en octobre 1891, il signe une base de 180 articles et deux feuilletons de sa série « Le Royaume de Minuit » (14). A la veille du naufrage de son journal, Zévaco est encore sur tous les fronts, relançant notamment le projet de syndicat des ouvriers boulangers. Les services de la Sûreté envoient un soir un agent anonyme lui proposer de l’argent en échange d’une inflexion de la ligne politique du journal. Zévaco le séquestre dans les locaux de L’Egalité et lui fait signer des aveux publiés le lendemain en première page (15). Il parvient en outre à lui extorquer la liste des opérations de la Sûreté prévues pour le prochain 1er mai : à un an d’intervalle, Zévaco tient sa revanche et le ministre de l’Intérieur doit fournir des explications à la Chambre. Une autre affaire avait déjà mis L’Egalité sous les projecteurs à la fin de l’année 1890 : l’évasion de Padlewski, orchestrée par Séverine et Zévaco depuis les locaux du journal (16).

Les derniers temps de L’Egalité sont marqués par une inflexion prononcée vers l’anticléricalisme. A partir de la consécration du Sacré-Coeur en mai 1891, Zévaco se lance dans une série de diatribes contre l’Eglise, d’une violence peu commune même chez les anarchistes. Il écrit différents papiers sur des thèmes comme le « prêtre pervers de Gentilly » ou le Christ, « premier socialiste » de l’Histoire, et il consacre son premier feuilleton historique à l’histoire du supplice du Chevalier de la Barre (17).

Cependant, comme Le Courrier Français, l’autre journal de Jules Roques, L’Egalité doit faire face à de nombreuses condamnations (pas moins de neuf procès en un an), et Zévaco n’arrive plus à obtenir de Roques les fonds suffisants pour faire tourner le journal. L’Egalité disparaît brusquement le 7 octobre 1891, après une tentative d’introduire l’illustration en première page.

Zévaco écrit alors jusqu’en 1896 dans Le Courrier Français, où il tient une sorte de chronique artistique, et tente sans succès de fonder son propre journal, intitulé Le Gueux (18), dont l’unique numéro paraît le 27 mars 1892. Il contribue également à différents journaux anarchistes et libertaires comme Le Libertaire de Sébastien Faure ou La Renaissance de Henry Dupont, et il co-dirige L’Anticlérical fondé par Constant Martin (19).

En 1892, il est condamné une seconde fois pour avoir fait, dans une réunion publique du 28 mai, l’apologie de Ravachol (20) : dénoncé par les mouchards présents dans la salle, Zévaco ne se présente pas devant la cour à la date de son procès, le 6 octobre 1892, et il est condamné à un an de prison par défaut, ainsi qu’à 2000 francs d’amende. L’état de récidive a aggravé son cas. Le lendemain, Zévaco fait opposition et la peine se trouve ramenée à six mois de prison et 1500 francs d’amende. A l’occasion de ce procès, Séverine publie plusieurs articles pour défendre Zévaco, et écrit notamment sa biographie dans un article intitulé « Profil de bandit : Michel Zévaco » (21). Le même scénario qu’en 1890 se répète : Zévaco est brutalement arrêté le 4 janvier, à l’encontre de tous les usages en vigueur lorsqu’il s’agit d’un délit politique. Le gouvernement se trouve dans une situation délicate face à la vague d’attentats anarchistes qui continue, et à la nécessité de répression réclamée par les milieux modérés, ce qui explique peut-être ce procédé expéditif.

Zévaco retrouve donc le chemin de Sainte Pélagie, où il passe les six premiers mois de l’année 1893 malgré les efforts de Séverine qui ne cesse d’organiser des pétitions pour sa libération. Zévaco écrit toujours pour Le Courrier Français, publiant notamment un « Journal de Sainte Pélagie » hebdomadaire. Une épidémie de typhus se déclare dans les prisons de Paris et Zévaco tombe malade. La presse émue réclame la libération des détenus politiques (Michel Zévaco mais aussi Gérault-Richard, Martinet, ou encore Zo d’Axa), et la campagne de presse recueille plus de deux cents signatures de soutien. Zévaco bénéficie finalement d’une libération conditionnelle et quitte Pélagie le 13 mai 1893.

La répression s’abat sur les anarchistes, mais Zévaco a appris à ménager sa liberté et se contente de poursuivre ses diverses activités. Après l’assassinat du président Carnot le 24 juin 1894, le gouvernement fait voter un ensemble de lois répressives dont une loi qui, réduisant la liberté de la presse, institue le délit d’opinion. Zévaco redoute un acte d’expulsion mais refuse cependant de rejoindre son ami Malato, exilé à Londres. Il continue d’écrire au Courrier Français, soutenant les luttes de Séverine qui est déjà aux côtés de Dreyfus lors de sa condamnation de 1894. Il fréquente les milieux féministes, milite pour le droit à l’avortement, mais finit par mettre sa carrière journalistique en pause en 1896. Il est alors père de trois enfants, et a peut-être été, durant cette période, nègre pour un feuilletoniste, afin d’assurer la subsistance de sa famille. Il rentre cependant dans la mêlée lorsqu’éclate l’Affaire Dreyfus, et collabore avec les différents journaux de Sébastien Faure (Le Libertaire, et surtout Le Journal du Peuple, fondé spécialement pour l’Affaire). Il écrit notamment en 1899 une brochure intitulée Les Jésuites contre le Peuple, mais surtout il publie son premier feuilleton historique, Le Chevalier de la Barre : c’est en 1900 que Michel Zévaco devient réellement romancier. Au printemps 1900, il semble d’ailleurs avoir pris pour règle de garder une totale discrétion sur ses convictions politiques.

Le roman de cape et d’épée et la célébrité (1900 – 1918)

Il fait la rencontre d’Aristide Briand et de Jean Jaurès. Ce dernier, devenu directeur de La Petite République socialiste en 1898, invite Zévaco qui y fait ses véritables débuts de romancier en 1900 avec Borgia !. Leurs liens se maintiennent par la suite, et quand Jaurès quitte La Petite République en 1904 pour aller fonder son propre journal, le nom de Zévaco figure dans la liste initiale des collaborateurs de L’Humanité. Il signe cependant en 1905 un contrat avec Le Matin (22), pour lequel il écrit tous ses feuilletons à partir de 1906. Jusqu’à sa mort en 1918, il assure une production régulière, consolidant une carrière matériellement sans obstacle. Il déménage en 1900 à Pierrefonds, où il est voisin de Séverine qui y a également acheté une maison en 1896. Il a désormais cinq enfants, et c’est en 1907 seulement que le chantre de l’union libre qu’il avait été régularise son union avec sa compagne Francesca Passerini, assurant à ses enfants la légitimité qu’exigent les moeurs bourgeoises. En mai 1914, il fait l’acquisition d’une demeure à Cagnes-sur-Mer, voisine de celle de Renoir, où il emmène sa famille en vacances.

Lorsque la guerre éclate, ses deux fils aînés partent au front. Zévaco lui-même s’est présenté comme volontaire, mais son âge et sa santé déclinante ne lui permettent pas de partir. Il mène alors des recherches passionnées sur les codes, et prépare notamment un code chiffré à usage militaire, qu’il transmet au ministère de la Guerre.

Ses romans connaissent un énorme succès, et il est désormais payé 1 Franc la ligne, ce qui le classe parmi les auteurs de feuilletons les mieux payés du début du XXème siècle (23).  Ses romans sont publiés en volumes dans les collections à soixante-cinq centimes du « Livre Populaire » d’Arthème Fayard et du « Livre National » de Tallandier. Il est l’auteur au total trente-cinq nouvelles et de vingt-six romans (qui représentent une quarantaine de volumes et environ 4000 feuilletons).

Exemple de réclame publiée dans Le Matin pour les romans de Zévaco.

Alors que le cinéma naissant s’empare de ses romans avec le film réalisé par Georges Hatot en 1914, Zévaco décide de se consacrer lui-même au cinéma. Dès 1917, il a mis sur pied un projet d’entreprise cinématographique, pour laquelle il a préparé une série de scénarios tirés de la vie parisienne (24).

Il réalise avec les Films Apollon, filiale des frères Pathé, le scénario d’un film appelé Déchéance, dont la première projection publique a lieu après sa mort, le 18 octobre 1918. Ce film est aujourd’hui perdu, mais une version romancée a été publiée sous son nom par les éditions Tallandier en 1935.

Michel Zévaco meurt le 8 août 1918 après avoir quitté Pierrefonds, trop exposée aux bombardements, pour installer sa famille à Eaubonne. Il choisit d’y être enterré, comme Victor Hugo, dans le corbillard des pauvres.

tombe zévaco

La tombe de Michel Zévaco à Eaubonne.
Voir le site du cimetière d’Eaubonne.

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Notes :

(1Un petit village de Corse porte ce nom de Zévaco, ou Zevacu en corse. Le site internet du village mentionne la famille Zévaco, mais rien ne permet de prouver qu’elle soit originaire de cette commune : « L’origine de cette famille célèbre est encore une zone d’ombre de l’histoire du village de Zevaco. Car, si elle est incontestablement originaire du village, il n’y reste actuellement aucune trace de son nom, que ce soit sur la matrice cadastrale, sur une tombe, ou dans un lieu-dit, ni aucune légende qu’aurait pu rapporter la tradition orale. Ce nom ne figure sur aucun texte relatif à l’histoire du village que nous avons pu consulter (les plus anciens remontent au XVIIIème siècle). »
Voir http://www.zevacu.net/index.php/personnages/94-famillez.

(2) C’est le cas par exemple l’article « Amour de Potache », publié dans L’Egalité le 20 septembre 1890.

(3) Voir l’article « Simple histoire », publié dans L’Egalité le 13 octobre 1890.

(4) Voir l’article « Physionomies parisiennes : Paul Ginisty », publié dans Le Courrier Français le 16 juillet 1893.

(5) Paul Ginisty (1855-1932) était un chroniqueur célèbre au Gil Blas (journal mondain fondé en 1879 par A. Dumont, ancien administrateur du Figaro), où il tenait une rubrique nommée « Causerie littéraire ». Il consacre une partie de sa chronique à l’ouvrage de Zévaco le 21 septembre 1888 : « Un petit volume de M. Michel Zévaco — un nom nouveau dans les lettres, mais qui peut être retenu — donne une psychologie vraiment sincère du soldat. Il a pour titre Le Boute-Charge, et l’évocation de cette sonnerie endiablée et furieuse est un petit artifice pour attirer l’attention. Il la mériterait sans cela. […] La peinture de ces réalités est éclairée d’une petite flamme, de je ne sais quoi de jeune, d’ardent, de vivant par où ce livre m’a tout à fait plu. »

(6) Arriviste, lancé par Clemenceau qui appelait de ses voeux la figure d’un général populaire qui viendrait redonner de l’énergie au républicanisme, Georges Boulanger (1837-1891) transforme son ministère en chambre d’échos médiatiques. Il est rapidement renvoyé du gouvernement, mais son départ provoque la première manifestation authentiquement nationaliste, menée par Henri Rochefort. Libre désormais dans ses manoeuvres, Boulanger déploie toute une batterie de thèses démagogiques, populistes et antisémites, cristallisant sur son nom une vague antiparlementariste qui séduit à gauche comme à droite. Le 27 janvier 1889, après un succès électoral lors d’une élection législative, ses partisans lui proposent de marcher sur l’Elysée. A la surprise générale, Boulanger refuse, et la menace de coup d’Etat est vite réduite à une piteuse débandade par le ministre de l’Intérieur Constans : Boulanger s’enfuit, et se suicide en 1891 après une série d’échecs électoraux. Boulanger a réussi à brasser des sympathisants de tous les horizons politiques ; on retrouve d’ailleurs la signature de Michel Zévaco en 1888 dans les colonnes du Drapeau, journal boulangiste. Même si Zévaco est rapidement revenu sur son soutien à Boulanger, ce fourvoiement du jeune révolté dans les ornières du populisme montre bien la séduction qu’a pu déployer le « Général Revanche ».

(7) Née Caroline Rémy, Séverine (1855-1929) rencontre Jules Vallès en 1879, et devient rapidement sa secrétaire. Avec lui, elle apprend le journalisme, s’initie au socialisme, et dirige Le Cri du Peuple jusqu’en 1888. Elle continue à écrire dans de nombreux journaux, publiant notamment des chroniques libertaires sous le pseudonyme d’Arthur Vingtras. Elle s’engage dans les luttes féministes et du côté des dreyfusards, organise des souscriptions diverses, etc. A l’occasion d’un reportage sur les mineurs de Saint-Etienne, elle devient l’une des rares femmes à descendre dans un puits. Amie de Zévaco, qui est un temps son secrétaire, elle prend sa défense lors de ses deux procès.

(8) Boulangiste puis anti-boulangiste convaincu, anti guesdiste, anti-blanquiste, anti-maçon, antisémite, Jules Roques (1850-1909) déconcerte et séduit beaucoup autour de lui, toujours prompt à brouiller les cartes. Les anarchistes se méfient beaucoup de lui, convaincus pour certains qu’il est un mouchard. Par ses engagements sans équivoque, Zévaco sera à de nombreuses reprises sa caution révolutionnaire.

(9) Hebdomadaire illustré qui a paru de 1884 à 1913. Fondé par Jules Roques, il est l’un des journaux satiriques les plus représentatifs de son époque. Le Courrier Français aguichait beaucoup par ses gravures osées, et s’attire de nombreuses poursuites judiciaires pour outrage aux bonnes moeurs.

(10) Au point de recevoir à son bureau, quelques mois plus tard, un missel piégé à la dynamite.

(11) Homme politique et journaliste, Sembat devient ensuite ministre socialiste et adjoint de Jaurès, dont il dirige le journal La Petite République Socialiste… où l’on retrouve également Zévaco.

(12) Cette grève a fait date et demeure comme l’une des sources de l’anarcho-syndicalisme français, mais l’action reste déconnectée, dans l’opinion, du 1er mai passé.

(13) Il est d’ailleurs probable que les articles de cette période signés Jules Roques soient en réalité de la plume de Zévaco.

(14) Composée de trois romans-feuilletons parus entre mai 1890 et octobre 1891 : L’Ombre Fatale, Le Train Rouge et Le Roi de Minuit.

(15) Article « Tentative d’achat du citoyen Michel Zévaco », publié dans L’Egalité le 28 avril 1891.

(16) En novembre 1890, Stanislas Padlewski, russe d’origine polonaise, assassine à l’hôtel de Bade le général Seliverstoff, de passage à Paris. Les jours qui suivent, la police est sur les dents mais Padlewski reste introuvable. Séverine publie alors dans L’Eclair un dossier intitulé « Comment j’ai fait évader Padlewski », et le lendemain c’est dans une édition spéciale de L’Egalité que sont dévoilés les dessous de l’affaire.

(17) Le Chevalier de la Barre paraît du 17 février au 9 juillet 1899 dans Le Journal du Peuple.

(18) Le titre du journal fait référence à Chanson des Gueux, de Jean Richepin. Sous-titré « Semences de Révolte Libre », le journal paraît au format 24×18 cm et la liste des collaborateurs témoigne à la fois de la fidélité de Zévaco envers les socialistes révolutionnaires (Louise Michel, Léon Cladel), et de son attirance de plus en plus grande pour le milieu anarchiste (Charles Malato, Constant Martin).

(19) Le Libertaire est fondé en 1895 par Sébastien Faure et Louise Michel, et paraît jusqu’en 1914, avec une pause en 1899.
Fondé par Henry Dupont, La Renaissance paraît de janvier à juillet 1896. Michel Zévaco, en charge de l’actualité sociale, y fait campagne en faveur des insurgés de Cuba et rend compte du conflit de la Verrerie ouvrière de Carmaux.
L’Anticlérical est fondé en décembre 1898 par Constant Martin, Michel Zévaco et Jacques Prolo. Seuls sept numéros paraissent jusqu’en janvier 1899.

(20) Militant anarchiste, activement recherché par la police dès 1891, Ravachol met en scène son propre suicide et se rend à Barcelone où il apprend à fabriquer des explosifs. De retour à Paris, il entame une série d’attentats et se fait arrêter. Le jour de son procès, ses compagnons font sauter le restaurant où il a été arrêté. Il est guillotiné le 11 juillet 1892.

(21) Article publié dans Le Journal le 15 novembre 1892.

(22) Fondé en février 1884 par l’Américain Sam Chamberlain, et repris en 1895 par Henri Poidatz et Maurice Bunau-Varilla, Le Matin devient l’un des plus grands quotidiens populaires nationaux de la Belle Epoque. A la veille de la Grande Guerre, il fait partie des quatre quotidiens qui flirtent avec le million d’exemplaires (avec Le Petit Parisien, Le Petit Journal et Le Journal).
Voir La Civilisation du Journal : Histoire culturelle et littéraire de la presse française au XIXème siècle, Dominique Kalifa et al. dir., Paris, Nouveau Monde, 2011, 1762 pp., pages 290-294.

(23) Le détenteur du record est Jules Mary, avec 1,25 Franc la ligne.

(24) Il précise qu’il n’adaptera pas ses romans historiques, les costumes, décors et figurants nécessaires à ce type d’adaptation nécessitant un budget trop considérable.

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